Le CLOS SAINT URBAIN, RANGEN DE THANN GRAND CRU de Thann

Son Histoire | Quelques millésimes mémorables | Admiré dans toute l’Europe | Chanté et conté par poètes et écrivains | Une réglementation exigeante | Le Rangen aujourd’hui | Le Clos-Saint-Urbain | Les millésimes du Rangen Clos-Saint-urbain

Le Rangen de Thann est le vignoble le plus méridional d’Alsace. Dans son livre « Où mûrit le vin d’Alsace  » Henry Riegert écrit : « les vins qui mûrissent sur le coteau du Rangen comptent depuis le moyen âge parmi les crus célèbres de tout le vignoble du pays ! ».
Le Grand Cru du Rangen est situé en sortie de vallée, surplombant la rivière de la Thur, à ses pieds, et la ville de Thann.

En contemplant le paysage visible depuis le Rangen, il est possible de distinguer entre autre la magnifique collégiale Saint-Thiébault (gothique rhénan flamboyant, construite entre la fin du XIIIe et le XVe siècle), la tour des Sorcières (ancienne tour rempart du XVe siècle), le château de
l’Engelbourg (Erigé à partir de 1234, dont le donjon couché est appelé ‘l’œil de la sorcière’ suite à la destruction du château peu après le traité de Westphalie en 1648), et, en sachant où regarder, la cabane des bangards (ancienne demeure des gardiens du ban viticole de Thann, maintenant
située au centre de Thann, mais autrefois située au milieu du vignoble de Thann, lorsque celui ci avait atteint sa taille maximum de 500 hectares de vignes au 17ème siècle).
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Rangen Clos Saint Urbain


Son Histoire

Le Rangen apparaît dans l’histoire vers le XIIe – XIIIe siècle. Sans conteste la vigne y fut plantée bien plus tôt, mais les premières transactions importantes de parcelles de ce vignoble datent de cette période :

  • 1272 : selon un document de l’abbaye de Murbach, l’ensemble de la colline du Rangen est plantée de vignes.
  • 1291: le couvent des Dominicains de Bâle possède 4 scadi (16 ares) de vignes au Rangen (acte du 13 juin). Thann tirait sa notoriété de la renommée de son vin, le ‘Rangenwein’ « le plus chaud et le plus violent des vins du pays ».
  • 1292 : l’abbaye de Masmunster y possède des vignes. Le couvent St Ursitz de Einsiden, l’abbaye Cistercienne de Haute Seille en Meurthe et Moselle y sont aussi propriétaires (acte du 6 juillet).
  • 1296 : en décembre, Burchard zum Rosen de Bâle achète des vignes « in banno ville Tanne in monto diste Rangen ».
  • 1469 : l’archiduc d’Autriche offre aux envoyés de Charles le Téméraire « moult rasades du vin du Rangen » qui trouvèrent « dans le vin du Rangen, un vigoureux remontant de courage »

 


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Quelques millésimes mémorables

Dès la fondation de la ville de Thann en 1161, de nombreux millésimes sont décrits par des amateurs de grands vins. Les bonnes années, les moins bonnes et aussi les plus difficiles se succèdent.

Malachias Tschamser est intarissable à leur sujet dans « La grande Chronique de Thann  » :

  • 1186 : vendanges en Août !
  • 1189 : prix des vins record du à une petite récolte
  • 1228 et 1232 : extrêmement bon, il fit si chaud en 1232 que l’on pouvait frire des oeufs dans le sable !
  • 1274 : il fallu attendre, pour récolter, jusqu’en novembre.
  • 1347 : mauvaise année.
  • 1431 : une telle abondance que tous les fûts étant pleins, on se servit du vin pour faire du mortier pour la construction de la collégiale !

 

 


Admiré dans toute l’Europe

La qualité exceptionnelle de ses vins permit au Rangen d’acquérir une grande renommée, s’étendant bien au-delà des frontières alsaciennes.
Il faut dire que la collégiale Saint Thiébaut de Thann, attirait des pèlerins venant d’Allemagne, d’Angleterre, du Danemark et des pays Scandinaves. Ces pèlerins qui trouvaient auprès du Rangen « la source miraculeuse » capable d’apaiser les pires tourments répandaient l’écho de ces vertus dans toute l’Europe. Durant toue le moyen âge, la vie des monastères était également très active (Franciscains de Thann), les moines venaient en grand nombre, priaient, mais aussi goûtaient le vin du Rangen, et le trouvant fort bon, en faisaient l’éloge de retour chez eux. Munster écrit dans sa Cosmographie de Thann en 1550: « Thann une belle ville appartient aux Seigneurs de Ferret et un Château sur la montagne de l’Engelburg et près de la ville un coteau s’appelle Rang sur lequel croît un vin délectable qui s’appelle Vin du Rangen ». Il poursuit en vantant les effets diaboliques de ce vin !
En 1628 dans le « Pantheum Hygistticum » du Dr Claudius Deodatus furent notés les meilleurs vins d’Alsace dont le Rangen de Thann.
Au temps de l’impératrice Maria Théresa (1740-1780), le vin du Rangen était bu à la cour et jouissait d’une réputation exceptionnelle. Un précepteur de la famille des princes de Lôwenberg et également introduit au palais impérial affirmait qu’il était bu plus de vin du Rangen à Vienne
que tout Thann et environ ne pouvait en produire. (Barth).
En 1648, par le traité de Munster, le roi de France Louis XIX devient seigneur direct de Thann et possède à ce titre les quelques schatz de vignes au Rangen anciennement la propriété de l’archiduc Ferdinand Charles d’Autriche.

  • 1659 : la ville de Thann (1150 habitants) compte 20 vignerons.
  • 1793 : destruction de la chapelle St Urbain (construite circa 1480) par les révolutionnaires.
  • 1897 : fin de la destruction du vignoble du Ragen par le phylloxera.
  • 1933 : inauguration du chemin Montaigne au centre du Rangen.
  • 1934 : inauguration et bénédiction de la chapelle Saint Urbain reconstruite. Chaque année, les vignerons du Rangen servent du vin du Rangen aux paroissiens à l’issu de la messe des vignerons en juin.

 


Chanté et conté par poètes et écrivains

Le vignoble de Thann était admiré par le philosophe Michel de Montaigne. Lors de son grand voyage à travers l’Europe de 1580 à 1581 il écrivit : « Thann quatre lieues. Première ville d’Allemagne, sujette à l’empereur, très belle et grande plaine flanquées à main gauche de coteaux pleins de vignes, les plus belles et les mieux cultivées et en telle étendue que les gascons qui étaient là disaient n’en avoir jamais vu tant de suite. » Le chemin qui traverse le Rangen s’appelle depuis le Chemin de Montaigne.

Le vin du Rangen fut chanté par de nombreux poètes dont Fischart dans son Gargantua (1607) :
« Oui dans le Rangen loge Saint Rango, il prend le rang et lutte si fort jusqu’à ce qu’il roule sous le banc  » –  Ja der Wein zu Dann, des Rangenweines, das steckt der Heylig Sanct Rango, der nimmt den Rang und ringt so lang, biss er einen rant und trengt unter die Banck « .

Sébastien Brant, le célèbre strasbourgeois est à l’origine d’une légende sur les armoiries de Colmar que lui avait inspiré le Vin du Rangen tant il l’appréciait :
Hercule lors d’un voyage qu’il effectuait en Europe arriva de Xéres en Espagne, par la région de la Loire puis de Bourgogne en Alsace. Là, il voulut déguster des vins à l’auberge Zum Wilden Mann. L’aubergiste lui offrit du vin de Riquewihr qu’il trouva bon mais bien plat, il voulut un vin plus corsé. L’aubergiste lui proposa alors du vin du Rangen. Il le trouva si extraordinairement bon qu’il en bu trois bouteilles et dit:
Das ist ein Schluk, potzt Element,
Wie der in Kehl’ und Magen brennt !
Herr Wirt, Ich Sag’s auf meine Ehr,
Ich fand noch keinen Wein so Schwehr !
Puis il s’endormit dans un coin. Lorsqu’il se réveilla il partit à toutes jambes oubliant la massue qu’il avait toujours à ses cotés. Il ne vint plus jamais la rechercher tant il craignait la force du vin du Rangen. Depuis cette massue figure en bonne place dans les armoiries de Colmar.
La littérature, les odes, les chansons, les poésies au sujet du vin du Rangen foisonnent. La splendeur et la force de ce vin sublimé est chanté par de nombreux auteurs dont Barth, il nous fait une magnifique récapitulation dans son livre « Der Rebbau im Elsass ». Jamais aucune autre appellation n’a été à l’origine de tant de belles strophes.

 


Une réglementation exigeante

Au XVIe siècle, les vins blancs dominaient le Rangen, même si quelques vins rouges y étaient  également cultivés. On y trouve déjà les cépages tels que le Muscat et le Traminer.
Les décrets de 1548 et 1581 interdisent d’ailleurs de planter des cépages non nobles tel que le « Rheinelbe » et répudiaient les trafiquants. Quiconque, thannois ou autre, enfreignait cette loi, était puni et les ceps aussitôt arrachés. (Statuts publiés dans le bulletin de la société d’histoire Belfortaine).
Il était par ailleurs formellement interdit de mélanger le vin du Rangen avec d’autres vins tout en conservant le nom de Rangen sur l’étiquette.
A travers ces réglementations, très sévères pour l’époque, c’est le respect de l’identité des vins du Rangen que l’on cherchait déjà à mettre en avant.
En 1646, après le renouveau du vignoble Thannois suite à la guerre de trente ans,le magistrat de la ville de Thann désigne à nouveau les quatre Bangards (gardiens du ban) pour veiller sur la vigne et les cultures.
En 1993, l’ensemble des vignerons du Rangen adoptent une charte définissant certaines règles de culture de la vigne et de production :

  • pratique de la confusion sexuelle sur l’ensemble du cru et interdiction d’utiliser des insecticides,
  • densité minimale de 6000 pieds/ha,
  • interdiction de toute technique d’enrichissement,
  • degrés minimum de récolte de 11.5° (augmenté par la suite à 12°) pour riesling et muscat et 13.5° (augmenté par la suite à 14°) pour gewurztraminer et pinot gris,
  • rendement maximum de 50hl/ha sans PLC.
  • En gestion locale, les vignerons ont décidé de rajouter les points suivants en 2010 : nécessité de respecter l’équilibre naturel du raisin en interdisant acidification et désacidification,
  • Age minimum d’entrée en production : 5 ans.

 


Le Rangen aujourd’hui

Le Rangen a été classé Grand Cru en 1983 et a accédé au statut d’Appellation Rangen Grand Cru en 2011, avec baisse du rendement de l’appellation (maximum) à 50hl/ha en 2012.

SON TERROIR

Le sol de ce terroir réputé est un terrain très particulier et absolument unique en Alsace. D’âge carbonifère (Dévono-dinantien) très ancien, il est constitué par des roches volcaniques et des sédiments généralement gréseux dans lesquels les éléments volcaniques sont plus ou moins abondants. Les pierres qui le jonchent proviennent de roches dures qui sont des grauwackes, des tufs volcaniques et d’une roche de coulée qui est une andésite micatée brune. Cette couche a une épaisseur variable entre 40 et 60 cm au-dessus de la roche mère fissurée, qui permet la pénétration des racines à une profondeur plus importante et favorise un drainage naturel exceptionnel.

La nature du terrain et la profondeur du sol caractérisent un milieu maigre, pauvre en argiles mais toutefois présentes et caractérisées par une haute surface d’échange, donc favorables à une bonne préservation des minéraux. La couleur sombre du sol, une teinte brun-rougeâtre, constitue un élément favorable pour obtenir des températures de sol plus élevées.

L’exposition plein sud accroît le temps d’éclairement direct et place la vigne en situation privilégiée sur la très forte pente du Rangen (90% en moyenne) qui a imposé le choix d’un mode de culture en terrasse. Le Rangen est un terroir tardif car en altitude (350m à 450m) et ayant une pluviométrie supérieure (750mm), mais son exposition exceptionnelle permet une maturation lente des raisins en octobre et novembre où il est alors possible d’obtenir des niveaux de concentration très élevés.

La proximité du massif Vosgien, l’altitude supérieure du Rangen par rapport au reste de l’Alsace (350m à 450m) et une pluviométrie plus importante (750mm par an) en font un terroir tardif.
Le printemps est souvent plus froid et pluvieux que sur d’autres terroirs plus précoces.

En revanche l’exposition plein sud accroît le temps d’éclairement direct et place la vigne en situation privilégiée sur la très forte pente du Rangen (90% en moyenne) qui a imposé le choix d’un mode de culture en terrasse. En été, le sol du Rangen devient un four solaire, donnant aux vignes toute l’énergie de lumière tant nécessaire.

L’automne est lumineux et chaud, car, une fois les brumes matinales dispersées, le Rangen émerge en plein soleil, souvent au-dessus de l’humidité de la plaine d’Alsace. Son exposition exceptionnelle permet alors une maturation lente des raisins en octobre et novembre, où il est alors possible d’obtenir des niveaux de concentration très élevés.

SON ENCÉPAGEMENT

Le caractère tardif du Rangen en fait un terroir particulièrement favorable à l’obtention d’une grande maturité physiologique, très importante pour la maturité d’un cépage comme le Riesling. Malgré une topographie très solaire (forte pente de 90%, exposition sud, sol chaud), l’évolution des raisins est lente et les vendanges sont souvent tardives (2 à 3 semaines après l’ouverture des vendanges). Le sol chaud et bien drainant de caractère acide est particulièrement favorable au riesling et, de façon étonnante, au pinot-gris, cépage pourtant souvent plus à l’aise sur les terroirs calcaires.L’adaptation du pinot-gris au Rangen est aussi conditionné par la capacité de ce terroir à produire des rendements très faibles sans que le vigneron se doivent de réduire la quantité de raisin de façon artificielle (vendanges en vert). La pauvreté des couches superficielles et la faible teneur en matière organique des sols impose une culture plus dense (10000 pieds/ha au Rangen pour le Domaine Zind-Humbrecht). Le pinot-gris étant un cépage particulièrement sensible aux excès de production, il trouve un terroir d’exception dans le Rangen.La roche volcanique imprime une touche aromatique et une personnalité unique aux vins qui sont issus du Rangen. Aussi bien le riesling que le pinot-gris sont fortement marqués par l’empreinte du terroir. Le caractère pierre à fusil et fumé du terroir rehausse le caractère minéral du riesling et les arômes fumés du pinot-gris.Le Gewurztraminer est plus rare car à l’exception des vignes proches de la rivière ou en bas du Rangen, la plus grande partie du Rangen subit des vents froids de la vallée qui peuvent nuire à ce cépage, gênant la floraison (coulure) ou empêchant sa maturité. Malgré cela, les gewurztraminer plantés sur le Rangen sont capable d’exprimer pleinement la signature de la roche volcanique.

UN LIEU EXTRAORDINAIRE

La topographie exceptionnellement abrupte du vignoble du Rangen impose un travail spécifique d’une grande pénibilité.

UN VIGNOBLE ISOLÉ !

Le Grand Cru du Rangen est en fait isolé du restant du vignoble d’Alsace. Situé au départ de l’extrémité sud de la route du vin, il est en fait très éloigné du restant du vignoble d’Alsace.
L’essor industriel et le développement de la ville de Thann ont en fait réduit un vignoble important (environ 500ha à l’époque de Montaigne) à seulement la superficie du Grand Cru aujourd’hui.
Le Grand Cru lui-même est entouré par la rivière Thur en bas du coteau et par des landes et bois sur les côtés et au-dessus. Cette situation unique assure la proximité d’un éco-système riche et une grande diversité biologique.

UNE PETITE PRODUCTION

Les vignes situées sur le Grand Cru du Rangen produisent des faibles rendements. Malgré une densité/ha importante, les moyennes de production sont souvent bien en-dessous des 30hl/ha, voire souvent entre 15hl et 25hl/ha en année de faible production (2012, 2010…). C’est en constatant cette faible production, directement liée au sol pauvre, que l’ensemble des producteurs du Rangen décidèrent d’opter pour un rendement maximum de 50hl/ha dans la charte de 1993, finalement acceptée dans les conditions annuelles de production dans le cahier des charges GC en 2012.

LE TRAVAIL DE LA VIGNE

Sur le Rangen, on va retrouver des vignes plus dense, avec des rangs plus étroits et/ou des pieds plantés proches les uns des autres. Ces vignes sont aussi beaucoup plus proches de la terre, pour profiter de l’effet de la pente et du réchauffement des pierres. Ceci est important, car le Rangen, terroir tardif, a besoin de cet apport de chaleur en fin de saison pour parfaire la maturité des raisins.
Ce terroir est aussi compliqué à entretenir. L’érosion peut y être importante et les conséquences sont dramatiques lorsque les pluies entrainent de la terre en bas des vignes. Le vignoble est aussi jonché de murets en pierre sèches, dont la durée de vie n’est pas permanente, et, malheureusement, chaque année nous devons réparer beaucoup de murets.
A priori, de par son altitude et climat plus frais, le Rangen est plutôt sujet aux attaques d’oïdium, souvent redoutables certains millésimes. Cependant, certaines années plus chaudes, surtout récemment, on vu se développer le mildiou de façon intense, exigeant une vigilance accrue de la part du vigneron. Les vents frais de la vallée et l’altitude de ce Cru permettent d’éviter des problèmes importants, car la protection de ce vignoble est très difficile. L’emploi de pulvérisateurs montés sur tracteurs étant impossible, les traitements sont tous manuels effectués à l’aide d’un long tuyau qui est déroulé dans les rangs de vignes.
Le botrytis n’est pas un problème majeur au Rangen (il ne faut toutefois pas le négliger), surtout lorsqu’il est recherché en fin de saison pour l’obtention de vendanges tardives ou sélections de Grains nobles, grande spécialité de ce Cru.
La culture de la vigne se fait à l’aide d’un treuil pour l’entretien des sols. La culture bio-dynamique interdit bien sur les désherbants, et comme une concurrence des plantes adventices peut être un problème sur ce sol pauvre, il est impératif de réaliser au moins deux labours mécaniques chaque année rendements. Malgré une densité/ha importante, les moyennes de production sont souvent bien en-dessous des 30hl/ha, voire souvent entre 15hl et 25hl/ha en année de faible production (2012, 2010…). C’est en constatant cette faible production, directement liée au sol pauvre, que l’ensemble des producteurs du Rangen décidèrent d’opter pour un rendement maximum de 50hl/ha dans la charte de 1993, finalement acceptée dans les conditions annuelles de production dans le cahier des charges GC en 2012.

Le travail de la vigne
Sur le Rangen, on va retrouver des vignes plus dense, avec des rangs plus étroits et/ou des pieds plantés proches les uns des autres. Ces vignes sont aussi beaucoup plus proches de la terre, pour profiter de l’effet de la pente et du réchauffement des pierres. Ceci est important, car le Rangen, terroir tardif, a besoin de cet apport de chaleur en fin de saison pour parfaire la maturité des raisins.
Ce terroir est aussi compliqué à entretenir. L’érosion peut y être importante et les conséquences sont dramatiques lorsque les pluies entrainent de la terre en bas des vignes. Le vignoble est aussi jonché de murets en pierre sèches, dont la durée de vie n’est pas permanente, et, malheureusement, chaque année nous devons réparer beaucoup de murets.
A priori, de par son altitude et climat plus frais, le Rangen est plutôt sujet aux attaques d’oïdium, souvent redoutables certains millésimes. Cependant, certaines années plus chaudes, surtout récemment, on vu se développer le mildiou de façon intense, exigeant une vigilance accrue de la part du vigneron. Les vents frais de la vallée et l’altitude de ce Cru permettent d’éviter des problèmes importants, car la protection de ce vignoble est très difficile. L’emploi de pulvérisateurs montés sur tracteurs étant impossible, les traitements sont tous manuels effectués à l’aide d’un long tuyau qui est déroulé dans les rangs de vignes.
Le botrytis n’est pas un problème majeur au Rangen (il ne faut toutefois pas le négliger), surtout lorsqu’il est recherché en fin de saison pour l’obtention de vendanges tardives ou sélections de Grains nobles, grande spécialité de ce Cru.
La culture de la vigne se fait à l’aide d’un treuil pour l’entretien des sols. La culture bio-dynamique interdit bien sur les désherbants, et comme une concurrence des plantes adventices peut être un problème sur ce sol pauvre, il est impératif de réaliser au moins deux labours mécaniques chaque année (hiver/printemps). Ces labours sont effectués à l’aide d’un treuil posé en haut de chaque rangée, qui tire une charrue menée à la main.

LES SAISONS DU RANGEN

La proximité du massif Vosgien, l’altitude supérieure du Rangen par rapport au reste de l’Alsace (350m à 450m) et une pluviométrie plus importante (750mm/an) renforcent le caractère des saisons.

L’hiver est bien marqué, mais la neige peut fondre très vite et le Clos, grâce à la présencede la rivière, du sol couverts de roches et d’une formidable pente exposée au sud, est quasiment à l’abri des gelées d’hiver et de printemps.
Le printemps est souvent plus froid et pluvieux, accentuant le caractère tardif de ce terroir et repoussant la véraison et la floraison bien souvent plus de 15 jours après les climats les plus précoces d’Alsace.
L’été apporte des grandes chaleurs, surtout lorsque la nébulosité est faible. Le sol du Rangen devient un four solaire, donnant aux vignes toute l’énergie de lumière tant nécessaire.
L’automne est lumineux et chaud, car, une fois les brumes matinales dispersées, le Rangen émerge en plein soleil, au-dessus de l’humidité de la plaine d’Alsace. C’est à ce moment-là, tel un sprinter sur la dernière ligne droite, que le Rangen rattrape son retard et dépasse tous les autres terroirs.

LES VINS RANGEN

Les vins du Rangen sont caractérisés par le caractère tardif du terroir, sa forte minéralité volcanique et sa capacité à emmagasiner la lumière. On retrouve dans les vins du Rangen une grande profondeur et force qui affirme leur personnalité.
Malgré une densité de plantation élevée, les rendements moyens sont très faibles, se situant souvent entre 25 et 35hl/ha en année normale, voire beaucoup moins pour les vins moelleux/liquoreux. Ceci donne de l’intensité et de la puissance aux vins du Rangen.
L’exposition très solaire (pente, orientation, rivière, reflètement du sol) apporte une énergie de lumière et de chaleur au sol et à la vigne, garantissant une bonne activité foliaire et racinaire. On retrouve dans tous les vins du Rangen une forte maturité physiologique et donc des équilibres basés sur une maturité saline.
Le sol et sous sol très particulier, aussi bien de par sa composition volcanique, très minéralisée, et sa structure, permettant la descente en profondeur des racines et un drainage naturel, apporte force de goût aux vins. Ceux-ci se distinguent par un caractère pierre à fusil, fumé, voire tourbé et une acidité très minéralisé (au goût iodé) provenant de la richesse minérale du sol. Les vins du Rangen sont faciles à distinguer en dégustation.
La topographie du lieu, son caractère tardif (alternances chaud/froid), ainsi que la présence de la rivière sont responsables, certains millésimes, d’un développement important de pourriture noble permettant aussi de produire des grands vins moelleux, souvent très colorés, en plus de grands vins secs. Le Rangen est un des rares terroirs d’Alsace à être capable d’imprimer sa force de goût sur tous les cépages.
Ceux-ci conservent cependant des caractéristiques propres et uniques qui n’imposent pas nécessairement de construire le vin sur la base d’un assemblage. Chaque cépage exprime certains caractères du cru à sa façon propre et unique. L’assemblage est pratiqué à un niveau expérimental pour le moment et ne rentre pas dans la construction du Grand Cru.
Le riesling est principalement récolté très sain et produit surtout des vins secs minéraux. Le pinot-gris, plus précoce, s’enrichit en sucres plus tôt et développe de la pourriture noble presque tous les millésimes. Il prend donc un caractère de sur-maturité associé au caractère du terroir. Le gewurztraminer, plus tardif au Rangen que les autres cépages, développe aussi très souvent le botrytis et possède une grande force tannique.
L’ensemble des vins du Rangen sont concentrés, longs, profonds et possèdent une grande capacité de garde. On retrouvera dans la signature du Rangen une harmonie des acides et de la salinité. En cas de sur-maturité, l’extrait sec et l’acidité équilibreront les sucres résiduels sans que le vin perde son identité terroir : les fameux arômes de pierre à fusil seront toujours bien présents.

 


Le Clos-Saint-Urbain

La ville de Thann a de tout temps porté un culte et une dévotion particulièrement profonde à ce Saint. Sur la fin du 15e siècle fut érigé en l’honneur de Saint Urbain une chapelle au cœur du vignoble du Rangen, Chaque année une procession y montait le jour de la Saint Urbain, y participaient principalement les vignerons et les aubergistes ainsi que d’autres fidèles. Le long du parcours la litanie des Saints était chantée mais avec en plus une litanie particulière à Saint Urbain, connue nulle part ailleurs qu’à Thann :
Saint Urbain, compagnon de travail et aide de tous les prêtres du vignoble du Seigneur,
Priez pour nous !
Saint Urbain, gardien et protecteur de tous les vignobles et vergers,
Priez pour nous !
Saint Urbain, Patron des vignerons et des aubergistes,
Priez pour nous !
De la boisson et de l’ivrognerie,
Délivrez nous Seigneur !
Des dévastations de la tempête et du gel,
Délivrez nous Seigneur !

Cette chapelle fut restaurée en 1774. Pendant la révolution française elle fut totalement détruite par le peuple. Depuis 1934, une nouvelle chapelle dédiée à Saint Urbain protège à nouveau ce merveilleux coteau.

Le Clos-Saint-urbain est centré autour de la chapelle Saint-Urbain et est constitué de 5.5ha plantés en  Pinot Gris (2.7ha), Riesling (2.3ha) et Gewurztraminer (0.5ha) et est séparé en ce milieu par le chemin Montaigne.

La rivière Thur coule au pieds des vignes uniquement sous le Clos puis s’enéloigne après le passage de la falaise.

Les Riesling et Piot-Gris sont plantés en différents endroits du Clos, entre l’est et l’ouest et le haut et le bas du coteau. La partie haute, plus tardive, moins chaude et ayant un sol plus caillouteux et plus acide (à cause du lessivage naturel causé par la pente, le pH du sol varie entre 5.5 sur le haut et 7 en bas) produit des raisins ayant plus de finesse et d’acidité. La partie basse du coteau produit des vins plus charpentés, puissants et riches. Il est donc très intéressant de pouvoir assembler les deux parties du Clos.

Le Gewurztraminer est moins présent que les deux autres cépages car plus sensible à l’altitude. Pour cette raison, il est présent uniquement sur deux parcelles surplombant directement la rivière. Là, le sol plus riche en argiles est propice à ce cépage. De plus, la rivière provoque aussi un effet de réchauffement par réflexion des rayons de soleil et de volant thermique.

 


Les millésimes du Rangen Clos-Saint-urbain

Millésimes difficiles – Belles années – Grandes années – Hors du commun

  • 1978 : Année tardive, pointue et sèche. Vins très austères mais garde surprenante.
  • 1979 : Grêle catastrophique. Aucun vin produit.
  • 1980 : Année très tardive, froide et pluvieuse. Vins intéressants par leur minéralité et leur tenue. Très petite récolte. Le Rangen surpasse tous les autres terroirs du domaine.
  • 1981 :  Précocité moyenne, vins intéressants ayant une densité légère et une belle élégance. Vins tendres. Garde moyenne.
  • 1982 : Grosse récolte (50hl/ha!), année équilibrée, vins faciles et expressifs, garde moyenne. Terroir moins présent qu’à l’habitude.
  • 1983 : Année chaude et précoce. Millésime qui révéla le Rangen. Vins puissants, secs et de garde. Dominance du terroir sur le cépage.
  • 1984 : Floraison mi juillet ! Année froide et pluvieuse. Vendange fin novembre. Vins secs, de caractère et ayant une belle force minérale mais qui manquent de longueur. Le Rangen surpasse tous les autres terroirs.
  • 1985 : Année tardive mais très équilibrée. Fin de saison très sèche. Maturités abouties. Vins fins, serrés et expressifs. Beau millésime, vins secs, belles acidités.
  • 1986 : Année équilibrée, très tardive. Vendange fin novembre. Très beaux équilibres. Vins secs ainsi que production des premières sélections de grains nobles. Superbe botrytis. Très     grand millésime de garde.
  • 1987 : Floraison début juillet. Année tardive, froide et de faible maturité. A nouveau le Rangen est capable de produire des vins intéressants. Belles acidités vives. Densités moyennes.
  • 1988 : Précocité moyenne, mais vendanges très tardives pour pinot-gris et gewurztraminer récoltés avec pourriture noble en VT. Riesling sec. Vins de grande complexité et finesse. Grand millésime de garde
  • 1989 : Année chaude, précoce mais équilibrée. Riesling et pinot gris secs, mais aussi très grands SGN en gewurztraminer et pinot-gris. Vins denses et puissants, très expressifs. Grand potentiel de garde.
  • 1990 : Millésime de grand équilibre, très petite récolte ayant produit des vins complexes, puissants et profonds. Vins secs ou presque. Absence de botrytis mais présence de passerillage. Très grande garde.
  • 1991 : Année chaude qui devint tardive. Petite récolte. Belle présence de botrytis sur pinot-gris et gewurztraminer. Riesling sec. Beaux équilibres acides et salins. Millésime de garde.
  • 1992 : Grosse récolte suite à une floraison favorable. Temps chaud. Vins faciles, très vite ouverts et plaisants. Potentiel de garde moyen mais encore très agréables
  • 1993 : Année compliquée car entrecoupée de périodes pluvieuses. Vendanges très tardives et présence importante de botrytis. SGN très denses et colorées mais peu sucrées. Vins     extrêmes. Très grande garde.
  • 1994 : Très grande année tardive au Rangen. Mois d’octobre d’anthologie. Vins secs et liquoreux de superbe complexité et profondeur. Acidité saline. Vins de très grande garde.
  • 1995 : Très petite récolte (25hl/ha pour les secs), année tardive, forte acidité, présence de pourriture noble sur pinot gris. Grande salinité et caractère terroir très fort. Grande garde.
  • 1996 : Précocité moyenne, année plutôt froide mais sèche et ensoleillée. Peu de botrytis, mais belle concentration sur pinot-gris et gewurztraminer moelleux et riesling sec. Forte acidité, longueur et densité. Belle garde.
  • 1997 : Année très solaire, plutôt chaude que lumineuse. Très précoce, forte maturité et acidités moyennes bien mûres. Vins puissants et expressifs, belle pureté. Belle garde.
  • 1998 : Précocité moyenne, superbe lumière d’octobre et conditions de développement d’un botrytis exceptionnel. Vins moelleux et liquoreux. Grande acidité et liqueur. Vins très colorés. Force du terroir et superbe garde.
  • 1999 : Année très tardive. Fin des vendanges sous la neige le 19 novembre. Riesling sec, pinot-gris et gewurztraminer moelleux. Vins riches, surprenants, ayant beaucoup de puissance et force. Bonne garde.
  • 2000 : Année solaire, chaude et précoce. Maturité rapide et facile. Vins onctueux et très puissants, marqués par le botrytis. Acidités moyennes mais belle force du terroir. Grand vins de garde.
  • 2001 : Très grande année tardive. Mois d’octobre extraordinaire. Millésime de lumière. Vins profonds de grande finesse et belles acidités. Présence de pourriture noble sur pinot-gris et gewurztraminer. Superbe garde.
  • 2002 : Millésime très tardif avec superbe arrière saison et développement important de pourriture     noble. Superbe acidité, couleur marquée. Vins riches, belle liqueur et terroir concentré. Très grande garde.
  • 2003 : Année très précoce. Records de chaleur et fOlie sécheresse. Millésime difficile, surtout pour les jeunes vignes et complants qui ont beaucoup soufferts. Faible acidité mais beaux tannins et belle minéralité.
  • 2004 : Début de saison précoce puis tardif. Belle maturité et grand potentiel, mais vins liquoreux non possibles car dégradation du temps fin octobre. Début de botrytis, vins secs, minéraux et très puissants. Belle garde.
  • 2005 : Millésime tardif avec superbe arrière saison. Joli botrytis sur pinot-gris et gewurztraminer. Petite récolte. Vins élégants, puissants et superbement structurés par une acidité mure. Grande présence du terroir.
  • 2006 : Année précoce à la fois très difficile en raison des pluies de fin septembre et très intéressante de par son caractère affirmé. Grande présence de botrytis mais pinot-gris sec. Couleur marquée, grande acidité, vins puissants ayant une forte tension. Difficile à croire,     mais grands vins de garde.
  • 2007 : Grande précocité équilibrée par un été tempéré. Forte acidité et grande puissance. Léger botrytis sur pinot gris et gewurztraminer. Riesling sec d’anthologie. Grande classe, grande expression du terroir et garde.
  • 2008 : Année presque tardive, superbe arrière saison. Grandes acidités bien mures. Riesling sec, tendu. Pinot gris et gewurztraminer moelleux d’anthologie. Beaucoup de profondeur et     d’élégance. Garde éternelle.
  • 2009 : Millésime chaud, solaire et précoce, mals équilibré. Vins tendres, puissants et longs. Jolie expression précoce du fruit. Pinot-gris et gewurztraminer légèrement moelleux. Vins de belle garde.
  • 2010 : Millésime tardif au Rangen. Très petite récolte. Superbe arrière saison. Vins délicat mais ayant une belle force et Intensité de terroir. Grande acidité saline. Très grand millésime de garde.
  • 2011 : Millésime très précoce, chaud et solaire avec une période froide et pluvieuse en été. Vins élégants et racés avec acidité normale. Grande longueur et densité, plutôt secs.
  • (2012) : Année moyennement tardive. Floraison difficile et grêle précoce. Très petite récolte(12 à 18hl/ha). Vins concentrés mais élégants, grande race et forte présence du terroir. Certainement un millésime très prometteur.

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